La Luciole éreintée par le terrible périple du vol des
dragons se recroquevilla dans le creux de la main
tremblante d'Erwan. Les cheveux ébouriffés et les
ailes fripées, la lumière qui émanait d'elle avait
disparue, laissant place à un corps terni comme usé
par les affres du temps. Sa silhouette même semblait
s'effacer et se fondre dans le décor sablonneux,
semant le trouble et l'inquiétude chez les deux amis.
Puis à la suite d'un très long soupir La Luciole
esquissa un large sourire ironique, peu à peu son
corps récupéra son enveloppe initiale et sans un mot
elle s'éloigna à contre coeur des deux humains
consternés.
Toutefois comme à son habitude elle ne put
s'empêcher de rester à bonne distance pour les
espionner discrètement, bien qu'elle compatissait
aux malheur d'Erwan sa curiosité se portait davantage
sur le mystérieux Maël à présent. Elle tendit une
oreille attentive quand celui ci s'agenouilla finalement
face à son ami en proie avec le désespoir, le corps
recourbé sur lui même au point d'en avoir presque
la tête touchant le sol et agité de soubresauts de
douleurs.
Le soleil matinal déjà haut dans le ciel dessinait de
curieuses ombres sur le sable autour d'Erwan, donnant
l'illusion qu'un esprit malfaisant tentait de s'emparer de
l'âme du jeune gaillard, ce qui n'était pas loin d'être le
cas tellement Erwan paraissait tourmenté.
Maël tout aussi bouleversé, le visage creusé de fatigue,
les vêtements en piteux état, tenta une approche en
douceur et posa délicatement un main réconfortante
sur la nuque de son ami.
Phénomène étrange, à ce moment précis les ombres
s'estompèrent sur le sable, laissant le Faëlor qui se
trouvait également à proximité, l'air dubitatif.
Un chuchotement à peine perceptible s'échappa des
lèvres de Maël.
- " Je suis désolé..."
Un grand silence pesant s'en suivit pendant de longues
minutes ou seul le bruit du vent venait troubler cet
instant de recueillement.
- " Tes paroles sont acerbes mon ami, mais je
comprends ta douleur et...
Je suis sincèrement désolé de tout ce qui arrive,
je suis navré de n'avoir pu sauver les nôtres...
Mais je crois que tu m'accordes bien plus de pouvoir
que je n'en possède réellement.
Et par là même tu sous estimes tes propres dons.
Le chagrin t'égare mon ami..."
Erwan intrigué, les yeux rougis, la mine défaite releva
subitement la tête.
- "Que veux tu dire ?
Maël inspira profondément en cherchant ses mots.
- "La perte d'un être cher est une terrible tragédie
et une redoutable épreuve, je suis bien placé pour
le savoir...
Mais réfléchis un peu, reprend tes esprits.
Nous sommes dans la même galère mon ami.
Tout autant que toi ces derniers événements me
dépassent, les choses m'échappent, je ne contrôle
rien, comme si ma propre vie m'échappait.
Je suis moi même pris dans ce terrible malstrom
où toute mon existence est remise en cause.
Un vaste trou noir d'où surgit subitement des choses
effroyables et des dons qui dépassent l'entendement.
Je ressens au plus profond de moi une douloureuse
déchirure accompagnée d'une puissance dévastatrice
que je ne peux maîtriser.
Comme si deux être à la fois distincts et semblables
s'opposaient, l'un me prodiguant de la force, l'autre
me dévorant mon énergie...
Je... Je suis fa... Je... J'ai... La tête qui tourne..."
Maël se coucha subitement sur le sable, comme
tétanisé de fatigue. Erwan se précipita instinctivement
sur son camarade pensant à une nouvelle crise.
Il se pencha au dessus de la tête de Maël pour
constater avec soulagement que celui ci était
simplement exténué.
Les deux amis se jaugèrent un instant, la lassitude se
lisait sur le visage de Maël, Erwan sécha ses larmes.
- "Je n'ai jamais pensé un seul instant que tu étais
responsable de tout ce marasme. Je me suis laissé
emporté par ma colère, la seule chose qui me reste
pour exprimer ce que je ressens en ce moment"
A suivre...
(Texte et ilustrations : ErwinPale - Tous droits réservés)
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